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Même les féministes ont le droit de tomber amoureuses

Lire un roman Harlequin ? Une première à Tess Magazine. Nous avons tenté l’expérience avec JUSTE QUELQU’UN DE BIEN, d’Angéla Morelli…
Par Pamela Pianezza

Quand une féministe pure et dure reçoit en service de presse un roman des éditions Harlequin, elle fait la grimace, se souvenant des romans aux couvertures kitsch et aux titres à l’eau de rose que lisaient parfois les voisines de métro de son enfance. Déjà à l’époque, elle faisait la grimace. Mais plus discrètement. Elle qui n’en a évidemment jamais lu, parce qu’on lui a plutôt mis George Sand entre les mains. Ou Jane Austen à la limite, pour le quota romantique.

Et puis tout d’un coup elle se souvient d’une fille, brillante. Brillantissime. Et tellement chouette. Docteure en cinéma. Normalienne. À qui elle refilait tous les romans Harlequin (et assimilés) reçus en service de presse.

La fille géniale et brillante les dévorait la nuit, pour se changer les idées et évacuer un peu la célèbre déprime du thésard. Elle adorait ça, les romans Harlequin. Elle disait toujours: « ils me sauvent la vie ».

La fille brillante a décroché sa thèse. Brillamment. Un petit peu grâce aux romans Harlequin.

Alors la féministe un peu snob se dit qu’elle va lui laisser une chance, à ce roman qui sent les bons sentiments à plein nez.

D’autant qu’en ce moment, elle relit le journal de son idole Susan Sontag, histoire de voir si la formidable biographie de Béatrice Mousli récemment publiée aux éditions Flammarion lui offre un éclairage différent sur cette œuvre immense.

Et elle trouve que, tout de même, quand Susan Sontag évoque ses amours et ses amoureuses dans ses écrits intimes, c’est parfois un peu kitsch.

La féministe un peu snob en déduit que si la grande Susan peut pleurnicher sur ses histoires d’amour compliquées, elle peut bien tenter l’expérience du roman Harlequin.

 

Susan Sontag livrée à ses pensées...

Susan Sontag livrée à ses pensées…

 

Alors un soir, après ce qu’on appelle communément une « journée pourrie », à 23:30, elle entame JUSTE QUELQU’UN DE BIEN, d’Angéla Morelli. L’histoire d’une écrivaine trentenaire qui à force d’enchaîner les amants décevants, commence à perdre le goût de tout. Des hommes. Des mots. Tandis que dans un coin de sa tête, trotte un premier amour…*

Alors évidemment, la féministe un peu snob a deviné rien qu’en lisant la quatrième de couverture ce qui allait se passer. Mais là n’était pas la question. La question, c’était : est-ce que ça fait du bien ?

Et oui, JUSTE QUELQU’UN DE BIEN est un livre qui fait du bien. Pas de révolution des codes de la narration ni de plume aux détours imprévisibles. Et alors, c’est grave ? Savoir où l’on va, et savoir que ce lieu sera réconfortant, chaleureux, ne serait-ce que durant les deux prochaines heures, est un plaisir merveilleux. Les Danois appellent ça le Hygge et les Suédois le Lagom. En vrai, ils ne parlent pas tout à fait de ça, mais un peu quand même. L’art d’être heureux quoi. Est-ce que ça ne supposerait pas de savoir s’extraire, durant un court moment, de la complexité et de la violence du monde ? Pour mieux y retourner, ensuite. Et replonger aussi dans George Sand, Susan Sontag, Joan Didion et Joyce Carol Oates. Parce qu’en fait, même les féministes ont le droit de tomber amoureuses. Et que l’amour, c’est vrai, ça rend quand même un peu niais.

 

*Bérénice, est une héroïne moderne et touchante, vivant en coloc avec une mère et une grand-mère très rock’n’roll. (Elle s’éprendra d’un Aurélien, come quoi on peut aimer Aragon et écrire des comédies romantiques.) Aucun jugement n’est porté sur sa vie sexuelle très débridée. Simplement, un jour, elle en a marre et rêve de quelque chose d’un peu plus… dense.

 

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Pour une héroïne qui continuer de s’envoyer en l’air avec des partenaires multiples sans s’en lasser, voir NOLA DARLING N’EN FAIT QU’A SA TÊTE (incarnée par la phénoménale DeWanda Wise), fraîchement arrivée sur Netflix, créée par Spike Lee d’après son film culte de 1986.

 

 

 

 

 

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