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« I am not Madame Bovary » : revanche d’une super-héroïne prolétaire

Dans un film à la forme presque aussi improbable que son sujet, multiprimé au festival de San Sebastian, le Chinois Xiaogang Feng orchestre la revanche d’une femme abusée par son mari, puis par le système juridique. Un film ambitieux, intriguant et puissant, bien que souvent trop à distance de son personnage, incarné par l’incroyable Fan Bingbing. Pour amateurs d’ovnis (féministes).  En salles le 5 juillet.
Par Pamela Pianezza

bovary_1I AM NOT MADAME BOVARY, film de 2h19 du Chinois Xiaogang Feng, suit le combat kafkaïen d’une femme contre l’administration chinoise : Li Xuelian (Fan Bingbing) et son mari ont feint de ne plus se supporter pour pouvoir divorcer et obtenir un second domicile (pour des raisons révélées ultérieurement). Mais une fois la séparation prononcée, au lieu de ré-épouser Li, l’ex-époux a convolé avec une nouvelle femme. Furieuse, Li exige du juge l’annulation de son divorce, qui entrainerait celle du second mariage de son conjoint. Son but étant d’obtenir ensuite un nouveau divorce, cette fois-ci réellement consenti… Li est déboutée mais se dit prête à déposer les armes si son ancien amour reconnaît publiquement les faits.

 

Pan Jilian ou la « féminité vicieuse »

 

Au lieu de ça, il la traite de « Pan Jinlian », le nom donné à une cousine chinoise de Madame Bovary, beauté que l’infidélité avait conduit au meurtre. Pour une femme, en Chine, être désignée ainsi est la pire des insultes, elle est synonyme d’une féminité vicieuse. Furieuse, Li Xuelian entame alors une longue croisade – dix ans – pour obtenir réparation…

Le ton est à la fois grave et potache, souligné par une forme aussi improbable que le sujet du film : l’image s’inscrit tantôt dans un cercle, tantôt dans un carré. Un écho déroutant aux formats picturaux traditionnels chinois, qui rappelle surtout au spectateur qu’il s’immerge dans une fable.

 

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L’héroïne, souvent filmée de loin comme si elle n’était qu’une femme parmi toutes celles malmenées par les hommes en général, et par les hommes de pouvoir en particulier, apparaît comme une discrète super-héroïne prolétaire auquel il est toutefois difficile de s’attacher, précisément en raison de cette distance physique avec la caméra.

En octobre dernier ces forts partis pris formels et scénaristiques avaient enthousiasmé le jury présidé par le réalisateur danois Bille August et composé du réalisateur chinois Jia Zhang-ke et de sa jeune consœur argentine Anahi Berneri, des productrices Esther Garcia (Espagne) et Nadia Turincev (France), du chef opérateur américain Matthew Libatique et de la chef costumière allemande Bina Daigeler. A l’unanimité, ils ont décerné au film la Concha d’or du meilleur long métrage et le prix de la meilleure actrice pour Fan Bingbing.

 

 

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