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TESS GIRL : Hey Titou, youtubeuse

Après des années à travailler pour des festivals de cinéma, Tiphaine a l’idée de se mettre en scène dans des vidéos YouTube où la beauté est un prétexte pour parler de bien d’autres choses. Elle prend des risques, sans se prendre au sérieux. S’adresse aux femmes comme aux hommes. Et ça marche : chacune de ses vidéos est une bouffée d’air frais. Car Tiphaine n’est pas qu’une drôle de fille, elle est aussi très drôle. Une fille inclassable. Bref, une fille qui a la classe. Pais comment Tiphaine est-elle devenue Titou ?
Propos recueillis par Pamela Pianezza

TESS MAGAZINE : Hey Titou, qui es-tu ?

TIPHAINE  : Hey ! Je m’appelle Tiphaine, j’ai 29 ans, je suis Parisienne et je suis ce qu’on appelle maintenant une «youtubeuse » : je fais des vidéos de beauté bio, mais aussi des sketches, des choses plus humoristiques.

 

Que fais-tu dans la vie ?

En ce moment j’oscille entre créatrice de contenu sur youtube à temps plein et travail pour des festivals de films.

Qu’est-ce qui t’a menée là où tu es ?

La recherche d’emploi… J’avais du temps et envie d’apprendre de nouvelles choses, de répondre aussi aux demandes incessantes de mes amis sur la façon de faire ses cosmétiques soi-même. Et je trouvais que l’univers de la beauté sur internet était un peu trop lisse, sérieux, éthéré… Du coup je me suis lancée ! Et pour le moment, je suis restée.

 

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A 18 ans, que faisais-tu, de quoi rêvais-tu ?

A 18 ans, j’étais en hypokhâgne, et je rêvais de devenir journaliste ou attachée de presse ! Mais je rêvais surtout de pouvoir trouver un métier-prétexte pour voyager un peu partout… Et aussi, très bêtement, qui puisse rendre les gens heureux.

 

« Au cinéma ou en littérature, combien de scènes d’hommes dans un bain sans qu’on leur colle automatiquement un sous-texte homosexuel ? »

 

Dans quelle mesure la question de la représentation du féminin et du masculin dans le cinéma, la littérature, les arts en général… te préoccupe-t-elle ?

Qu’on parle de beauté, de cinéma, qu’on raconte des histoires ou qu’on donne des conseils, la question du genre se pose toujours. Par exemple, concernant ma chaîne, j’ai toujours tenu à proposer des choses mixtes, et je prépare une série de tutos spécialement pour les hommes. Et pourtant, j’entends encore énormément dire que l’univers de beauté de youtube est un univers exclusivement féminin… Mais tout le monde a envie de bien-être, et lutter contre un bouton ou les cheveux gras, ça n’a pas de sexe ! Du coup, les hommes sont encore souvent « dans le placard » du soin… Au cinéma ou en littérature, combien de scènes d’hommes dans un bain sans qu’on leur colle automatiquement un sous-texte homosexuel ? C’est ridicule.

 

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D’autre part, on traverse une époque de remise en cause du féminisme et de droits fondamentaux que les gens de ma génération ont beaucoup considéré comme acquis, ce qui fait observer la représentation des sexes à travers les arts d’une façon un peu différente : j’ai vu récemment ANATOMY OF A MURDER (ah, Lee Remick … ) et les questions de l’avocat à la victime de viol n’ont pas pris une ride depuis 1959…
La représentation des genres dans les arts est une question passionnante, et c’est toujours un plaisir de découvrir une œuvre qui joue avec ça, qui nous met mal à l’aise, qui nous surprenne… Si le cinéma le plus « hollywoodien » semble en ce moment assez paresseux sur le sujet (on colle une fille vaguement débrouillarde et pas trop girly et basta), il existe plein de cinéastes qui jouent avec ces représentations de façon très intéressante.

 

« Comment le vêtement lance-t-il une star, quelle sexualité on lui colle, quelle pièce fera scandale… »

 

Y a-t-il un livre, un film, une série qui t’a sensibilisée à ces questions?

Adolescente, les nouvelles de Maupassant m’ont appris que les femmes décrites par les auteurs classiques pouvaient échapper à la dualité de la maman et de la putain. Je trouve cet auteur bien sous estimé… Plus tard, Billy Wilder et ses jeux sur le genre (SOME LIKE IT HOT, A FOREIGN AFFAIR… ) m’ont fait beaucoup m’interroger aussi, mais surtout tellement rire ! Et j’ai fait un mémoire sur le costume contemporain comme procédé de starisation de 1950 à 1970, donc forcément, la question se posait : comment le vêtement lance-t-il une star, quelle sexualité on lui colle, quelle pièce fera scandale…

Après, en terme de séries, j’ai commencé avec Buffy, qui était une des premières héroïnes vraiment actives et indépendantes, et je me suis bien amusée à rêver d’être comme elle quand j’avais 12 ans. Mais ma vraie claque a été en découvrant des séries comme THE L WORD, OZ, SIX FEET UNDER ou QUEER AS FOLK : ils ont ouvert la voie vers tellement de choses ! Les LGBT (mais pas que), tout à coup, n’étaient plus des archétypes. C’était tellement nouveau à l’époque !

Un livre, un film ou une série qui, au contraire, t’a profondément agacée
Bonne question… De façon générale, les films qui parlent de se préserver pour le mariage (à la TWILIGHT, mais je me suis endormie au bout de 30 minutes du premier, donc bon…). Au risque de me prendre des tomates pourries, j’ai aussi été assez circonspecte avec LA VIE D’ADELE. Je n’arrivais pas à trouver l’histoire crédible, surtout dans les scènes d’amour. Pour moi, il était évident que c’était un homme qui filmait. Le film avait beaucoup de qualités, mais pour moi, à ce moment là, c’était zéro.

 

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Quelles femmes, célèbres ou non, ont été des sources d’inspiration pour toi ?

A part ma maman ? Haha, non, plus sérieusement, bizarrement, ça a commencé avec Bardot, qui a survécu à 2 décennies de slut shaming permanent, et qui m’a donné envie d’assumer mon corps sans réserves (pour les opinions politiques, en revanche, on repassera) puis, pour leurs idées, des femmes comme Toni Morisson, Simone Veil, Nikki de Saint Phalle, Frida Kahlo
Et, différemment, je pense avoir toujours été entourée de femmes plutôt féministes, politisées, extrêmement fortes et déterminées, et qui ont souvent fait le boulot des hommes et des femmes, sans en obtenir nécessairement les lauriers. Mais je me rends compte que, même s’il y en a beaucoup, le ratio est tellement faible par rapport aux hommes mis en avant que finalement, ce sont vraiment trop de noms qui me viennent à l’esprit.

Quel serait ton week-end culturel idéal à Paris ?
Le matin au musée Galliera pour la beauté de leurs collections l’histoire de leur vêtements, le midi au marché des Enfants rouges pour décider du pays où iront mes papilles ; l’après-midi dans les galeries d’arts du nord du Marais parce que c’est souvent assez cool et le lendemain au cinéma parce que le dimanche, de finir la semaine sur un bon film, c’est sacré, surtout quand il s’agit d’aller rive gauche voir la copie remasterisée d’un vieux film…

Un problème que tu aimerais voir abordé lors d’une séance de culturothérapie ?

J’aime beaucoup cette section de Tess ! Peut-être la monoparentalité ? Parce que, personnellement, j’ai grandi sans modèles à ce sujet, et ça m’a manqué…

Un conseil aux éditeurs de presse féminine ?
Arrêtez de nous parler de notre cellulite et de la difficulté de conjuguer vie de couple, vie de famille et vie professionnelle ! Il y a encore trop peu de place pour la presse féminine qui finalement est juste une presse sur les femmes, mais sans sujets considérés comme spécialement féminins. Sur Youtube, il y a des filles mécano, geek, sportives, scientifiques… Mais on ne les voit presque jamais dans la presse féminine, sauf pour parler d’un beau succès dans un univers masculin. On est toujours soumises au regard des hommes, quoi.

 

A quoi peut-on s’attendre prochainement sur ta chaîne ?
A plus de collaborations, mais aussi de mixité : je suis dans une démarche inclusive, et j’aimerais vraiment ouvrir le naturel comique à tout le monde, quelque soit le genre, l’âge, l’origine… Parler plus de sujets de société aussi. En tout cas, j’ai hâte !

 

Retrouvez Tiphaine sur sa chaîne YouTube Hey Titou !

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