Peter ist erschöpft, sucht Nähe. Dora will den Hormonring entfernen

Amour, sexe et handicap : « Dora ou les névroses sexuelles de nos parents »

CINÉMA & PSYCHANALYSE – Stina Werenfels raconte l’éveil à la sexualité d’une jeune femme handicapée mentale éprise d’un séducteur amoral. Éminemment troublant. En salles le 7 juin.
Par Daniel Charlemaine, psychologue

Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : AffichePrimé au Festival du Film de Femmes de Créteil en 2016, DORA OU LES NÉVROSES SEXUELLES DE NOS PARENTS, de Stina Werenfels sort sur les écrans… parisiens. Il aura fallu sept ans à la réalisatrice pour faire aboutir son projet, adaptation d’une pièce de théâtre de Lukas Bärfuss. Dora est un film dérangeant parce que non consensuel. Son titre très freudien rend d’une certaine manière hommage à la théorie psychanalytique : en 1905, Freud annonçait la sexualité infantile en qualifiant l’enfant de pervers polymorphe, c’est-à-dire dont tout le corps serait potentiellement érogène (cf. CINQ PSYCHANALYSES, de Sigmund Freud).

Dora (Victoria Schulz) est une jeune femme de dix-huit ans, handicapée mentale, qui découvre la sexualité. Ses parents tentent de l’accompagner comme ils le peuvent face à ce qui s’annonce comme un séisme, une effraction dans la vie familiale. La pomme, qu’elle croque, deviendra grenade qu’elle offre à l’homme qu’elle remarque. Comment qualifier cette rencontre que Dora provoque, mue par le désir et la curiosité, teintés de sa naïveté enfantine. S’agit-il d’un viol ou d’un abus lors de leur première rencontre sexuelle ? La tonalité scandaleuse du film tient à ce que nous ne pouvons qualifier Dora d’irresponsable. Certes, elle n’a pas toute sa tête, mais comme le disent, dans leur grand désarroi, ses parents, mais également les professionnels : « elle est majeure ».

Dora questionne la sexualité de ses parents, de ses amis. Elle s’immisce dans le lit conjugal au milieu de leurs ébats parentaux. La mère de Dora voudrait un autre enfant, mais le recours à la procréation médicalement assistée semble nécessaire. Dora, elle, tombe rapidement enceinte. La rivalité mère/fille, l’ambivalence maternelle sont à leur apogée. C’est l’arrêt des pilules psychotropes, à l’initiative de sa mère, qui a ramené Dora vers le vivant. Le comble, c’est qu’elle refuse de prendre la pilule contraceptive au nom de la libération mentale qu’elle ressent désormais : « Maman a dit plus de pilules ».

 

Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : Photo Victoria Schulz

 

Stina Werenfels filme admirablement l’état cotonneux de Dora au début. L’éveil de sa léthargie la conduit à une sortie précipitée de l’état enfantin vers un devenir femme sans transition. Peter (Lars Eidinger) est le séducteur trouble de Dora. Il semble amoral, sans pitié pour les parents, qu’il rejette brutalement. Même si cet homme nous met mal à l’aise, il est néanmoins celui qui fait rêver Dora au grand dam de ses parents. « Quel est ton nom ? » lui demande-t-il, lorsqu’elle va à sa rencontre la seconde fois, humanisant ainsi leur relation. Ce n’est qu’au nom d’une morale condescendante, qui ferait de Dora une assistée, une incapable majeure, que les agissements de cet homme seraient condamnables. Lorsqu’elle est interrogée sur ce qu’est pour elle la sexualité, Dora répond : « Tous les trous sont ouverts ». Elle, ce qui la dérange, c’est la langue dans l’oreille. Quel bel écho au pervers polymorphe freudien évoqué plus avant ! Désigner cette relation sous le sceau du sadomasochisme serait une erreur de jugement grossière juste destinée à nous conforter dans nos certitudes bien-pensantes.

 

Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : Photo Lars Eidinger, Victoria Schulz

 

Avant d’en arriver là, Dora avait clamé à son père : « Je veux être aussi un couple ! ». Elle avait aussi questionné sa mère : « qu’est-ce qu’une mongole ? ». « Tu n’es pas une handicapée, tu es différente », lui avait-elle répondu. Comment accueillir, respecter et protéger cette différence, c’est tout l’enjeu de ce film, qui nous pousse dans nos retranchements…

 

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