Marvel's Jessica Jones

Séries TV : les 10 découvertes de l’année 2015

Parce qu’en ces temps de pléthore télévisuelle une sériphilie épanouie ne peut plus passer que par un fin travail de curation, nous avons choisi d’angler ce bilan de l’année série 2015 sur les petites nouvelles du petit écran.
Par Yaële Simkovitch

L’année 2015 restera pour les sériephiles, l’année du trop. Avec plus de 400 séries américaines et une ambition grandissante de la part du reste du monde en terme de création télévisuelle, l’encyclopédisme est devenu impossible. Alors pour ne pas s’égarer nous avons pris le parti de faire un top 10 parcellaire mais pas anodin. Voici les 10 nouveautés 2015 qui nous ont surpris, bluffés emportés et donné envie de les soutenir. On ne parlera pas ici des excellentes seconde saisons de You’re the Worst, Fargo et Transparent, ni de The Leftovers dont on a beaucoup parlé cet automne mais des toutes fraîches, qui sur les chaînes petites et grosses nous donnent de nouvelles raisons de nous passionner pour le petit écran.

 

1. Marvel’s Jessica Jones

(États-Unis, Netflix)

Photo Eka Darville, Krysten Ritter

Krysten Ritter incarne la détective privée la plus badass de l’histoire de la télévision. Super-héroïne à la retraite en quête de rédemption et de sérénité, Jessica est hanté par un passé qu’elle tente de conjurer le long de 13 épisodes qui ressemblent aux 13 parties d’une saga.

Une série comme vous n’en avez jamais vue, qui dépasse les attentes pourtant lourdes qui reposaient sur elle. Créée par Melissa Rosenberg (Dexter, Twilight) et peuplée de personnages féminins contrastés et complexes, la série attaque de plein fouet les thématiques les plus dérangeantes sur les rapports entre les hommes et les femmes. Traitant d’abus physique et psychologique, de la question du consentement, du pardon et du traumatisme, sans jamais perdre de vue son humour grinçant. La liberté de ton, le style et la coolitude absolue de son personnage principal en font tout de même une expérience étonnement plaisante vu le sujet.

Bonus : Le portrait de la relation entre la punkette Jessica et la très blonde et très féminine Trish. On attendait depuis longtemps de voir dans une série (ou ailleurs) une amitié adulte entre deux femmes aussi nuancée.

 

2. Master of None

(États-Unis, Netflix)

Photo Aziz Ansari, Noël Wells

Une comédie sur un presque trentenaire urbain célibataire… qui est émotionnellement mature, se pose les bonnes questions et apprend de ses erreurs sans faire de caprices… Hein ? Vous êtes sûrs ? C’est pas de la science-fiction ? Certains targueront la série de « trop gentille », mais l’intelligence des personnages est en réalité rafraîchissante. Elle permet d’explorer de véritables questionnements de la vie adulte, plutôt que de se perdre dans des artifices narratifs issus de la bêtise ou de l’orgueil des personnages. Aziz Ansari et Alan Yang, les créateurs, tous deux issus de l’immigration asiatique, en profitent pour partager leur expérience particulière et presque inédite de l’Amérique moderne. Ils se payent même le luxe de s’intéresser aux autres grands délaissés de la fiction : les personnes âgées, les femmes modernes qui souffrent de misogynie ordinaire ou les couples adultères. Faussement naïve Master of None reste surprenante jusqu’à la dernière minute.

Bonus : La série commence avec du Dutronc et fini avec du Sylvia Plath.

 

3. Cucumber + Banana

(Angleterre, Channel 4 & E4)

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Petit bijou, ovni de Russel T. Davies à qui on devait le Queer As Folk anglais. Les deux séries se déroulent dans le milieu queer de Manchester et se regardent en tandem. Cucumber est un 52 minutes qui suit des personnages de plus de 40 ans alors que Banana a le format d’une comédie et raconte des histoires plus isolées sur les jeunes qui peuplent le même univers. En seulement 2 fois 8 épisodes, Davies arrive à aborder un nombre impressionnant d’aspects de la condition des LGBTQ en 2015. Parfois absurdement drôle, parfois tragique, c’est un objet télévisuel unique qui mérite d’être vu.

Bonus : Tofu, la série documentaire web, créée en parallèle, où les auteurs, les acteurs et d’autres parlent sans ambages des sujets abordés pas les deux séries.

4. Adam Ruins Everything

(États-Unis, truTV)

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Sélectionné spécialement pour les nerds, les sceptiques et autres fanatiques de l’anecdote historique. Adam Ruins Everything est une émission éducative à sketchs. Chaque épisode suit Adam Conover alors qu’il révèle à une pauvre victime la réalité derrière les idées reçues qu’elle a sur le monde. De l’utilité des mesures de sécurité à l’aéroport, à la valeur d’une bague de fiançailles, en passant par l’ineptie scolaire des grandes vacances, tout y passe ! On en sort chamboulé, mais moins idiot. Drôle, savoureux et hautement informatif, Adam derrière son apparence de donneur de leçon est surtout un grand défenseur de la pensée critique.

Bonus : La séquence qui révèle notre méconnaissance à tous sur le fonctionnement de l’hymen.

 

5. Crazy Ex-Girlfriend

(États-Unis, CW)

Photo Rachel Bloom

Créée par son actrice principale, Rachel Bloom, cette série est au croisement de plein de choses : comédie romantique et musicale, parodie, auto-portrait décalé, drame psychologique, et chaque genre est exploité pour son potentiel le plus jubilatoire et cathartique. On y chante mais on y parle aussi assez ouvertement de dépression en suivant la vie de Rebecca, une brillante avocate trentenaire complètement paumée dans sa vie personnelle, qui décide de tout lâcher pour essayer d’être heureuse. Malheureusement, aucune description ne fait justice à son authenticité désarmante. Mais gare aux préjugés et aux jugements hâtifs. La série s’amuse tellement avec les codes de la fiction faite par et pour les femmes que certains pourraient se méprendre sur l’animal.

Bonus : Les chansons : « Hey Sexy stranger, come back to my place ! I hope you’re not a murderer…»

 

6. Togetherness

(États-Unis, HBO)

Photo Amanda Peet, Mark Duplass, Melanie Lynskey, Steve Zissis

Les frères Duplass, acteurs, mais aussi illustres producteurs du cinéma indépendant américain moderne, ont créé ensemble cette simple et très personnelle série sur un couple et leur deux amis célibataires, tous en prise avec leur définition du bonheur adulte. Huit petits épisodes d’une sincérité et d’une humanité confondante. Des femmes et des hommes comme on en écrit rarement.

Bonus : La suite arrive en février. Youpi !

 

7. Galavant

(États-Unis, ABC)

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Version déjantée d’une aventure romanesque médiévale… en chansons. Ici aussi on rit et on détourne les codes d’un genre kitch pour mieux le savourer. Mais comme plus haut, cela n’empêche pas de raconter une histoire avec de vrais personnages qui ont du cœur sous leurs costumes de pacotille.

Bonus : Gardez l’œil alerte pour repérer les illustres et surprenants guest-stars qui viennent pousser la chansonnette.

 

8. Supergirl

(États-Unis, CBS)

Photo Chyler Leigh, Melissa Benoist

Un anti Jessica Jones, pourtant tout aussi réjouissant. Supergirl n’a pas peur de retourner aux sources des histoires de super-héros : des pouvoirs, une mission, une légende… à l’exception prêt que c’est une héroïne en jupette qui vole ici au secours de la veuve de l’orphelin. Loin de s’en embarrasser, la série préfère jouer sur les deux tableaux en assumant très agréablement une tonalité girlie et hyper-positive tout en exposant frontalement le traitement de défaveur qu’on réserve aux femmes. Même quand elles sont plus rapides qu’une balle de pistolet.

Bonus : Calista Flockhart est parfaite en garce à la volonté de fer… qui prend tout de même le temps d’être un mentor pour les jeunes femmes intelligentes qui en auraient besoin.

 

9. Deutschland 83

(Allemagne, RTL)

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C’était le coup de cœur du dernier festival Séries Mania. Une série allemande sur la dernière période brûlante de la guerre froide. On ne vous en dit pas plus, car ce serait dommage de dévoiler le début de l’histoire. Attendez-vous à apprendre des choses sur la géopolitique et la pop des années 80. Et à réviser votre allemand.

Bonus : C’est une co-production allemande et américaine qui donne envie de soutenir la collaboration internationale.

 

10. UnReal

(États-Unis, Lifetime)

Photo Breeda Wool, Freddie Stroma

La surprise de l’été. Une série intelligente sur les mécanismes malsains d’une émission de télé réalité ressemblant étrangement au Bachelor. Les deux productrices centrales, Rachel et sa boss Quinn sont complexes, sombres et pourtant terriblement attachantes. Les auteurs ne tombent jamais dans la satyre facile.

Bonus : Impressionnant d’intelligence et d’humanité envers les participantes, qui ont toutes une âme plutôt qu’une étiquette.

 

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