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« Vierge sous serment »: Sublime Alba Rohwacher, mi-fille, mi-garçon

Le premier long métrage de Laura Bispuri confirme à quel point Alice Rohrwacher incarne le meilleur du cinéma italien. « Vierge sous serment » n’est pas un film sur le travestissement mais une réflexion délicate sur les contours du féminin et la construction du genre. Un portrait de jeune femme troublée et troublante, pour qui l’accès à la liberté passera par une « renaissance » en garçon…
Par Pamela Pianezza

 

Vierge sous sermentAlors que sort en France en DVD le magnifique LES MERVEILLES (aux éditions Ad Vitam), d’Alice Rohrwacher (Grand Prix du festival de Cannes en 2014), un autre récit initiatique italien, tout aussi sublime, arrive en salles : VIERGE SOUS SERMENT (VERGINE GIURATA), premier long métrage de Laura Bispuri, déjà auteure de très beaux courts métrages (notamment son premier, PASSING TIME). On y suit deux périodes de la vie d’Hana : adolescente dans les montagnes albanaises, où une famille à la vie plutôt spartiate l’a recueillie après la mort de ses parents. En parallèle on la retrouve à l’âge adulte, en Italie, où elle débarque dans la vie de sa sœur adoptive Lila (Flonja Kodheli, vue dans BOTA, de Iris Elezi), rebaptisée Mark.

Alba Rohrwacher, vue dans LES MERVEILLES, sacrée de la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à Venise pour HUNGRY HEARTS (en DVD chez BAC Vidéo), offre ici sa plus belle et intense performance, enfermée dans le corps d’une jeune femme qui se cherche. (Notons que l’actrice a appris l’albanais pour son rôle…)

VIERGE SOUS SERMENT n’est en aucun cas un film sur le travestissement. Quant à la question de la sexualité, elle n’est même pas centrale. Hana aurait du mourir dans ces montagnes albanaises si un vieil homme ne l’avait pas découverte et accueillie. Face à cette figure paternelle protectrice, l’enfant déborde de reconnaissance, tout en se sentant à l’étroit dans le carcan imposé aux femmes dans ce petit bout du monde. Lorsque la mère d’Hana et Lila leur énumère la les interdits spécifiquement féminins, la liste est interminable (tenir une arme, parler avant un homme, choisir soi-même son mari…). Et lorsque le père choisit un époux pour Lila, il prévoit d’offrir à son futur gendre une balle de fusil pour se venger si nécessaire d’une éventuelle désobéissance de sa femme…

Le « nouveau » garçon promet de rester vierge

Or, si petit à petit la gestuelle d’Hana change au point de ressembler à celle de son père, si elle décide de couper ses cheveux, de cacher sa poitrine et de devenir Mark, c’est d’avantage pour se conformer à ce qu’elle pense que l’on attend d’elle et par volonté de gagner en liberté que par vrai désir de travestissement. Car dans sa région, si les femmes sont soumises à tant d’interdits, la possibilité de rebaptiser une fille en garçon existe, au terme d’un rite au cours duquel le « nouveau » garçon promet de rester vierge (« vergine giurata »). Mais que devient la promesse quand les parents ne sont plus ?

L’histoire, inspirée d’un roman de l’écrivaine et journaliste albanaise Elvira Dones, s’attache à rendre toute la complexité des personnages et de leurs dilemmes. Étrangement, c’est cette complexité qui la rend belle et pure. La cinématographie de Vladan Radovic, à couper le souffle, lui offre un écrin fascinant. VIERGE SOUS SERMENT est un premier long métrage stupéfiant.

 

 

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