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Rencontre : Emma Dante, la Sicile et le patriarcat

La metteur en scène sicilienne ausculte la cellule familiale méditerranéenne et en déboulonne les réflexes patriarcaux dans deux réalisations : PALERME, son premier long métrage, et LE SORELLE MACALUSO, joué à Avignon.
Texte & photo : Pamela Pianezza

PalermeEmma Dante n’était pas destinée au théâtre. Jusqu’à ce qu’elle pénètre dans un amphithéâtre sicilien où allait se jouer Antigone. Du bienfait des sorties scolaires sur l’imagination des élèves…

Devenue adulte, elle délaisse un temps son île pour étudier à l’Académie d’art dramatique de Rome, avant de revenir à Palerme pour prendre soin de sa mère malade. « Je l’ai accompagnée jusqu’à la fin, pendant un an. Et puis je suis restée, mais je ne voulais plus être actrice », explique-t-elle. Elle fonde alors sa compagnie de théâtre, Sud Costa Occidentale. C’était en 1999.

Depuis, Emma Dante n’a de cesse d’ausculter la cellule familiale méditerranéenne en générale, sicilienne en particulier et de déboulonner sans états d’âme les vieux réflexes patriarcaux dans des pièces avant-gardistes et joyeusement bruyantes. Dans la pièce MPalermu (« Au cœur de ma Palerme »), un foyer familial au bord de la crise de nerfs pour une sombre histoire de chaussures pas assez chic prenait soudain des airs de prison. Dans PALERME, son premier long métrage comme réalisatrice, originalement titré « Via Castellana Bandiera », c’est une ruelle trop étroite qui provoque un affrontement digne d’un western : deux voitures se retrouvent face à face et c’est tout le quartier qui sera bloqué tant que l’une des conductrices n’acceptera pas de faire marche arrière la première. Mais les deux automobilistes sont aussi têtues l’une que l’autre et surtout, d’une humeur exécrable. Rosa, revenue en Sicile à contre cœur pour accompagner sa compagne Clara à un mariage (Alba Rohwacher) jette de l’huile sur le feu de son couple déjà en crise. En face, la vieille Samira, mutique depuis la mort de sa fille adorée, supporte avec de plus en plus de mal les railleries de son gendre bas du front. Évidemment les voisins s’en mêlent et l’hystérie gagne le quartier.

 

Palerme : Photo

© Jour2fête

Exceptionnellement, Emma Dante a accepté de jouer l’actrice, « mais parce que le rôle, c’était moi », précise-t-elle. « J’étais la metteur en scène de la rue, au point que quand je m’adressais au reste de l’équipe, ils avaient du mal à comprendre qui parlait: mon personnage ou moi. »

À Avignon, si tout va bien, elle présentera dès aujourd’hui et jusqu’au 15 juillet « Le sorelle Macaluso », « l’histoire d’une famille très nombreuse où cohabitent, dans la même maison, les vivants et les morts, comme une sorte dinceste ».

Les œuvres d’Emma Dante sont clairement féministes. « Je n’ai pas peur de ce mot, dit-elle, même si j’évite autant que possible les étiquettes. L’Italie est mon pays et je l’aime, mais, encore aujourd’hui, c’est une société beaucoup trop patriarcale. »   A ce réalisme elle ajoute une touche magique qui rend ses univers captivants. Emma Dante est sans aucun doute l’une des voix les plus passionnantes de la création italienne.

 
PALERME, en salles le 2 juillet.
« Le sorelle Macaluso », du 7 au 15 juillet au festival d’Avignon

 

 

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