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Artiste à suivre : Laureline Collavizza & sa Jupe

La journée de la Femme fut pour la metteuse en scène Laureline Collavizza le prétexte idéal pour présenter « Jupe », spectacle détonnant sur le formatage culturel du corps féminin et que l’on pourra bientôt redécouvrir. Une proposition scénique réjouissante qui soulève avec tendresse et élégance pas mal de jupes et de questions.
Par Renan Cros

Malgré son titre singulier, « Jupe » se décline au pluriel. Sur le plateau sont réunis une danseuse, une chanteuse et une actrice. Trois disciplines tantôt juxtaposées, tantôt entremêlées pour raconter l’histoire sociale du corps féminin. Pas de récit ici, mais une succession de tableaux non chronologiques, qui font s’entrechoquer les définitions et leurs paradoxes, les avancées et les régressions, le conflit et la libération d’un corps féminin pensé autant comme un objet social que comme un territoire mythologique. Pour ce faire, la metteuse en scène Laureline Collavizza a rassemblé différents textes autour de la jupe, ce vêtement qui libère autant qu’il aliène. De ce paradoxe, elle fonde la dynamique d’un spectacle qui préfère l’anti-sexisme au féminisme.

 

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Si le spectacle glace parfois quand il rappelle la misogynie d’État, d’un temps pas si lointain, il ne se complait pas à faire du corps féminin une victime. Il s’agit ici d’interroger des normes plutôt que d’asséner des vérités. Avec malice, le montage des textes alterne théorie et pratique, obligeant constamment le spectateur à reconsidérer sa position. Devant nos yeux surgissent aussi bien Edith Cresson et Simone de Beauvoir que l’universitaire Fatema Mernissi, Pierre Bourdieu, le témoignage cocasse d’un homme qui réclame le droit à porter la jupe ou encore un étrange conte Inuit.

 

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Cette pluralité c’est aussi celle d’une mise en scène dynamique, volontairement chaotique, qui confronte et ordonne les voix et les corps. Ces trois belles et jeunes interprètes jouent avec beaucoup d’ironie et de justesse d’une féminité plurielle. Déformation des voix et des corps, le spectacle s’ingénie à bousculer les représentations préconçues. Tout et son contraire, voilà le mantra d’un spectacle féminin réjouissant qui fait souffler dans la salle et dans les esprits un vent de liberté qui renverse pas mal de préjugés.

« Jupe », création de Laureline Collavizza avec Stefania Rossetti (Danse), Julie Fonroget (voix), Laureline Collavizza (chant)
La première représentation a eu lieu au lieu d’art Vent Se Lève. 
Prochaines représentations au Théâtre de Belleville:
Lundi 2 juin à 20h (représentation suivie d’un pot et d’une présentation de la collection JUPES pour homme).
Mardi 3 juin à 19h15

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