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Tess Girl #5 – Kashink, graffeuse

“Tess Girl” : n.f. Jeune femme talentueuse, audacieuse et prometteuse, culturellement active ; révèle souvent d’étranges talents cachés.
Propos recueillis par Pamela Pianezza

C’est une femme qui porte (parfois) la moustache. Une féministe, qui préfère peindre des garçons protéiforme, bizarrement émouvants, plutôt que des fifilles girly. Une graffeuse dans un univers de graffeurs, aux influences aussi exceptionnelles qu’imprévisibles. En décembre dernier, Kashink taggait les murs de Miami durant le prestigieux Art Basel, pour son projet « 50 cakes of gay », en faveur du mariage pour tous, qu’elle compte bien poursuivre à Montréal, à New York et un peu partout en Europe, en attendant d’en faire un livre. Ce mercredi, elle se produira en live et animera un workshop au Palais de Tokyo lors de la soirée Kiberty (ambiance bière + street art + pop culture). Rencontre avec une artiste libre comme l’air.

TESS MAGAZINE : Qui es-tu ?

Je suis KASHINK, femme à moustache.

Que fais-tu dans la vie ?

Je peins des murs dehors ! On appelle ça « art urbain », street art ou graffiti, comme on veut. Je suis peintre, et j’ai la chance d’être souvent sollicitée pour peindre à l’étranger, donc je bouge pas mal. Je produis aussi des œuvres qui sont exposées en galerie.

 

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A Berlin ©Kashink

 

Qu’est-ce qui t’a menée là où tu es ?

J’ai toujours été branchée par la création en général, et depuis petite j’aime bricoler, dessiner, travailler de mes mains. J’ai fait des études universitaires et pas d’école d’art, j’ai appris à dessiner en copiant des BD de super héros. Par la suite, j’ai rencontré des gens qui peignaient depuis longtemps et qui m’ont encouragée à me lancer à mon tour. J’ai toujours eu un tempérament assez indépendant du coup ça m’a permis de développer mon travail sans trop être influencée. Ensuite c’est le boulot et encore le boulot, j’aime bien essayer de pousser mes limites.

A 18 ans, que faisais-tu, de quoi rêvais-tu ?

A 18 ans j’étais au CELSA [une école de communication, ndlr] et je me demandais ce que je foutais là, j’étais pas trop dans mon élément. J’étudiais la « Médiation Culturelle » mais j’avais envie de faire du tatouage, je dessinais sur les tables de cours, je m’ennuyais un peu… Il m’a fallu un petit moment pour trouver ma voie et me lancer.

Dans quelle mesure la question de la représentation du féminin et du masculin dans les arts en général te préoccupe-t-elle ?

La représentation du genre reste très stéréotypée dans de nombreux domaines, au delà̀ des arts. En tout cas c’est toujours intéressant de voir quelle est la proportion de femmes dans les milieux créatifs. Par exemple, il est très facile de citer dix peintres hommes qui ont marqué l’histoire mais dix peintres femmes, c’est plus long à trouver…

En ce qui concerne la représentation du corps, une chose est sûre : les nanas dénudées, ça vend bien. Je trouve intéressant de réfléchir à cet aspect « marketable » du corps féminin qui déjà̀ surexploité, mais qui semble ne jamais s’épuiser. C’est pour cette raison que j’ai choisi de ne pas peindre de femmes, ça me paraissait compliqué d’aborder le sujet sans tomber dans une certaine esthétique. Je préfère peindre des hommes dans des situations inattendues : ils sont au téléphone avec leur maman, ils sont émus, tombent amoureux, ont peur, bref ils expriment leurs émotions. J’y trouve un moyen de casser les codes de la représentation de manière décalée.

 

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A Montreuil © Kashink

 

Y a-t-il un livre ou un film qui t’a sensibilisée à ces questions?

Depuis mon enfance je suis sensible à la question du genre, j’ai toujours été́ à la fois garçon manqué et coquette. En grandissant je me suis beaucoup intéressée à l’identité, j’avais été fascinée par la photo de Frida Khalo habillée en garçon dans sa fameuse photo de famille. Je me souviens aussi d’avoir découvert le travail de Leigh Bowery dans un docu sur Arte qui m’avait beaucoup plu. L’univers graphique de cet artiste m’a pas mal influencé je pense.

Je me suis intéressée aussi à des livres de Judith Butler ou King Kong Theory de Virginie Despentes, qui m’avait bien plu à l’époque. En ce qui concerne les films, j’ai été longtemps obsédée par le film Girlfight de Karyn Kusama avec Michelle Rodriguez, j’ai longtemps eu l’affiche dans ma chambre ! Je faisais des arts martiaux, j’aimais bien l’idée d’être une riot girl.

Un livre ou un film qui, au contraire, t’a profondément agacée?

Je n’ai pas lu 50 shades of Grey mais ça m’a agacé de savoir que c’est une femme de 50 ans qui a écrit cette histoire dont l’héroïne est le stéréotype de la jeune femme pure et innocente qui se fait initier par un mec plus vieux.

Qui souhaiterais-tu voir interviewée dans notre rubrique « Femmes d’influences » ?

Thérèse Clerc, 84 ans, fondatrice de la Maison des Babayagas à Montreuil. J’ai entendu une interview d’elle à la radio et j’adore son projet de communauté de femmes à la retraite qui s’organisent entre elles.

Un problème que tu aimerais voir abordé lors d’une séance de culturothérapie ?

Peut-on avoir des boobs énormes et être féministe comme Kat Denning dans la série « 2 broke girls » ?

Un conseil aux éditeurs de presse féminine ?

Pousser les femmes à s’entraider plutôt qu’à se comparer.

 

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A Miami © Charles Devoyer 
 
Suivre le travail de Kashink :
Sur Tumblr, son projet « 50 cakes of gay » : http://kashink.tumblr.com
Sur Instagram : @kashink1

 

Au programme de la soirée Kiberty percredi 19 mars à 19h au Yoyo, Palais de Tokyo :
Une performance live de Kashink qui animera également un workshop de customisation de photographies.
Un concert de Micky Green.
Des places sont à gagner sur www.kiberty.com
 
 
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