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Pauline Bureau : les « Sirènes » du succès

Pauline Bureau, auteure de Modèles, expose les secrets de famille dans une fresque générationnelle, Sirènes, au Nouveau Théâtre de Montreuil. Féministe et émouvant.
Par Clémentine Gallot
Photographies © Pierre Grosbois 

Quand on a vécu avec une queue de poisson, on tient difficilement sur des jambes : ce constat tiré de la Petite Sirène (celle de Disney, oui oui) file la métaphore de l’auto-affirmation dans la dernière création de Pauline Bureau, Sirènes, conçue à Dijon et actuellement à Montreuil. Trois générations de femmes s’y télescopent, sur trois époques : la grand-mère dans une cuisine en formica, la mère diplômée d’HEC, et la fille, Aurore (remarquablement jouée par Marie Nicolle, fidèle complice). Chanteuse, cette dernière perd littéralement sa voix au début du spectacle. La parole se libère à mesure que la pièce dénoue un fil généalogique épineux. « Il s’agit de donner à voir comment peut se construire une identité à un moment où celle-ci n’est pas encore achevée », précise d’emblée Pauline Bureau à propos de son héroïne.

La jeune metteuse en scène qui a mis au point le premier spectacle de l’humoriste Camille Chamoux, et récemment une adaptation de La meilleure part des hommes de Tristan Garcia, travaille ici en collaboration avec sa sœur Benoîte, dramaturge, et surtout bien entourée de sa compagnie, La part des anges. Sa pièce à succès de 2011, Modèles (avec une Laure Calamy au bout du rouleau) donnait déjà à entendre une myriade de voix féministes. Des scénettes saisissantes de la vie quotidienne étaient entrecoupées d’interviews reconstituées, avec Marguerite Duras ou Virginie Despentes. « En cherchant des textes sur les règles ou l’avortement, il n’y en avait pas ou très peu. Il a bien fallu les écrire, » constate t-elle. Cette fois, elle a eu « envie de raconter une histoire, une fiction » qu’elle articule comme toujours en y intégrant de la vidéo et des pauses musicales.

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Épouse abandonnée, père absent, dépression : pas étonnant que la généalogie d’Aurore lui coupe le sifflet, un symptôme éminemment somatique. La pièce est ainsi ponctuée de séances chez le psy qui permettent une mise à plat de la mémoire familiale, à la manière de l’américaine Alison Bechdel mettant en parallèle ses souvenirs maternels et ses séances sur le divan dans son autobiographie dessinée, « C’est toi ma maman ? ».

« Le fil de la psychanalyse sert à se raconter. L’histoire d’Aurore est composée de trois chapitres : perdre, désirer, dire. D’où l’image de la petite sirène, qui naît avec une queue de poison, va vers son désir et finit par l’énoncer, » analyse Pauline Bureau avant d’ajouter, « A l’écriture, je ne prévois pas de faire un spectacle sur l’avancée du droit des femmes. Mais quand on a ouvert les yeux sur certaines choses, on ne peut plus les refermer. Le personnel est politique, ça, on le sait. Nos grands-mères n’avaient pas les mêmes droits que nous, cette histoire-là fait partie de moi. »

 

Sirènes, jusqu’au 22 mars, Nouveau Théâtre de Montreuil
Du 10 au 12 avril : Le Volcan scène nationale, Le Havre
Du 15 au 17 avril : Comédie de Picardie
Du 6 novembre au 6 décembre : Théâtre du Rond-Point, Paris.

 

 

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