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Les femmes sont-elles des cinéastes comme les hommes ?

Dans un documentaire coréalisé avec Mathieu Busson, Julie Gayet interroge des réalisatrices sur la question d’un cinéma au féminin : comment exercent-elles leur métier? Ont-elles le sentiment de porter un regard différent de celui des hommes sur le monde qu’elles capturent? Un dialogue indispensable et surprenant.
Par Pamela Pianezza
Photo: Maiwenn, réalisatrice de Polisse ©Mars Distribution

Existe-t-il un « cinéma de femmes » ? Non, répondent quasiment en cœur les réalisatrices interrogées par l’actrice et productrice Julie Gayet, qui s’essaye pour la première fois à la réalisation. Certes, les premiers longs métrages de réalisatrices, souvent les plus personnels, capturent tout de même une part de leur féminité. Et certes, il existe quelques obsessions plutôt féminines, comme « celle de vouloir un bébé dans son ventre », comme le constate Valeria Bruni Tedeschi. Mais « la mise en scène est typiquement un principe neutre », affirme Pascale Ferran et « le sexisme n’est qu’un préjugé parmi d’autres quand on entre dans une salle de cinéma » selon Rebecca Zlotowski.

 

L'actrice, productrice et désormais réalisatrice Julie Gayet

 

Il est vrai qu’il existe chez une cinéaste comme Jane Campion « un type de savoir, d’intimité auquel un homme aurait sans doute plus difficilement accès », reconnaît Noémie Llovsky, mais un réalisateur comme Ingmar Bergman a superbement prouvé à quel point il était possible et passionnant de brouiller les pistes.

 

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Céline Sciamma, Louise Blachère, Pauline Acquart

La Naissance des pieuvres de Céline Sciamma ©Haut et Court

 

Dans le cinéma français, la femme serait donc l’égale de l’homme… Conviction des réalisatrices interviewées ou politique de l’autruche ? Car la question du regard des femmes sur le cinéma peut facilement apparaître comme un piège, en particulier pour les jeunes réalisatrices qui refusent de voir leur travail catalogué.

Pourtant, quand Céline Sciamma a présenté son premier long, Naissance des pieuvres, elle a entendu « beaucoup de réactions violentes sur l’absence de point de vue masculin, ce qui prouve que le public n’a pas l’habitude ». Valérie Donzelli, qui a « envie décrire des rôles de femmes avec des hommes qui les accompagnent », constate également que le cinéma met souvent en scène «  des rôles d’hommes accompagnés par des femmes ». Enfin, Sophie Letourneur est l’une des seules à mettre les pieds dans le plat en remarquant que trop souvent encore, « les femmes veulent ressembler aux femmes telles que fantasmées par les hommes, d’où la nécessité de proposer d’autres modèles ».

 

Les Coquillettes : Photo Camille Genaud, Carole Le Page, Sophie Letourneur

Les mangeuses de Coquillettes de Sophie Letourneur © Ad Vitam

 

Ce sont finalement les chercheuses invitées par Julie Gayet qui poussent le plus loin la réflexion, en rappelant notamment que les femmes qui réalisent sont systématiquement renvoyées à leur « condition de femme ». Brigitte Rollet soulève ainsi ce paradoxe qu’elle estime très français : « On dit que l’art n’a pas de sexe – donc on ne peut pas parler de films de femmes ou de films gays – mais on renvoie systématiquement les femmes ou les gays à cette identité pour parler de leur cinéma ». Résultat, les femmes sont les bienvenues dans l’industrie du cinéma, surtout pour raconter « des histoires de famille ou d’amour » qui leur vont bien mieux que les films de guerre, les polars ou la science-fiction…

On laissera le mot de la fin à Katell Quillévéré qui après s’être demandée si nous aurions un jour « notre Kathryn Bigelow française », résume intelligemment les choses, non pas telles qu’elles sont forcément perçues, mais telles qu’elles devraient l’être « un réalisateur est un pervers polymorphe qui s’immisce dans tout un tas d’identités ».

 

LIRE NOTRE INTERVIEW DE JULIE GAYET

 

Cinéast(e)s, de Julie gayet et Mathieu Busson. 
Première diffusion mardi 15 octobre à 22h25 sur Canal+.
Le bal des réalisatrices, 17 films réalisés par 14 femmes cinéastes. 
Du 24 septembre au 29 octobre sur Canal+

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