Esther-Garrel_Jeunesse

Rencontre avec Esther Garrel, ou la Jeunesse incarnée

Le premier film de Justine Malle (fille de Louis), dévoile une autre héritière au patronyme lourd d’histoire : Esther Garrel,  petite fille d’un symbole, fille d’un réalisateur adulé des cinéphiles, sœur d’un visage incarnant la nouvelle Nouvelle Vague du cinéma français… Rencontre avec Esther, le nouveau talent de la famille Garrel.
Propos recueillis par Iris Brey

JeunesseAvec son prénom rappelant la pièce éponyme de Racine, dont elle apprécie les alexandrins, Esther Garrel s’impose dans Jeunesse, une autofiction qui raconte un moment tragique de la vie de Justine Malle. Nous avions remarqué sa présence dans les films d’Honoré (La Belle Personne) et de Bonello (l’Appolonide), découvert son talent dans 17 filles de Muriel et Delphine Coulin au côté d’une génération de jeunes filles en fleurs (Roxane Duran, Yara Pilartz, Louise Grinberg…). Grave et juste dans ce premier long métrage, la jeune femme se révèle enjouée lorsqu’elle nous parle de son parcours déjà impressionnant et de ses futurs projets. Une jeune femme en quête de légèreté.

TESS MAGAZINE : En quelques mots, raconte nous Jeunesse

C’est le premier long métrage de Justine Malle, elle a écrit dans ce film un morceau de sa vie, son histoire lorsqu’elle avait 20 ans. Moi j’avais exactement 20 ans au moment du tournage, j’ai pris deux ans depuis. Le film raconte une jeune fille, dans sa famille, dans sa vie amoureuse, qui lorsqu’elle tombe amoureuse pour la première fois, apprend la maladie de son père.

Pour toi la jeunesse c’est quoi ?

La jeunesse, ça n’a pas d’âge, c’est une manière d’envisager le monde et de vivre chaque jour, de vivre la vie de manière légère. Ça c’est le côté positif. Le côté négatif c’est que c’est compliqué de devenir adulte et d’avoir des responsabilité vis à vis d’autrui et de soi-même.

Comment as-tu rencontré Justine Malle ?

J’ai rencontré Justine grâce à une amie, Aurélia Alcaïs, qui est dans le film. J’ai fait une lecture, le film commençait 15 jours plus tard, et très vite son scénario m’a paru évident. Quatre jours plus tard elle m’appelait pour me dire d’annuler mes vacances et on partait en tournage.

Dans le film Juliette est obsédé par ses études et l’idéal de Normal Sup, la réussite scolaire est-elle aussi importante pour toi ?

Ça toujours été un fantasme d’être à la fac, dans les amphis. Je me suis toujours sentie à la ramasse et je voulais avoir mon Bac pour me sentir un peu normale. C’est bête, mais ça atteste d’un minimum de niveau intellectuel. Même si j’ai eu mon Bac, j’ai encore l’impression d’avoir triché, d’avoir arnaqué le système. Je pense que c’est fini pour moi les études supérieures… En ce moment, je ne fais que du théâtre, je suis au conservatoire à Paris, dans le 5ème arrondissement.

 Jeunesse : Photo Didier Bezace, Esther Garrel

Esther Garrel & Didier Bezace © Pyramide Distribution 

 

Est-ce que Justine t’a choisie pour le rapport que tu as avec ton père, parce que toi aussi tu es la fille d’un grand réalisateur ?

On a beaucoup en commun : on a un père metteur en scène, on est la fille d’un homme qu’on admire, on est au milieu de trois enfants… Mais ce rapport là au père, on n’a pas eu besoin d’en parler parce qu’on le vit de la même manière. Je parle beaucoup de travail avec mon père, comme une amie, je pense qu’elle avait le même rapport avec son père.

Tu as tourné avec ton père pour la première fois cette année dans La jalousie

A la suite de la mort de mon grand-père, mon père a eu envie de le faire apparaître dans son film, il raconte la vie de mon grand père quand il avait 30 ans. Il avait trois enfants et a quitté ma grand-mère pour sa nouvelle femme. Louis joue Maurice et moi la sœur de Maurice, donc on reste frère et sœur dans le film. C’était trop bien de tourner avec mon père. On a répété pendant cinq mois tous les samedis autour d’une table. Une fois sur le plateau, c’était l’aboutissement de ces répétitions, il n’y a aucun stress, tout est fait en une prise.

 

Jeunesse : Photo Emile Bertherat, Esther Garrel

Avec Émile Bertherat © Pyramide Distribution

 

Quels sont les réalisateurs avec qui tu aimerais travailler aujourd’hui ?

Desplechin, Lvovsky, Bruni-Tedeschi, toute cette génération. Et aussi Rebecca Zlotowski, J’adore leurs univers.

Un film avec lequel tu as grandi ?

Les demoiselles de Rochefort, comme tout le monde !

Comme Justine Malle, aimerais-tu aussi te mettre à la réalisation ?

J’aimerais beaucoup mais j’ai surtout un vrai désir de filmer des gens. Des acteurs de mon âge, surtout des filles comme Louise Grinberg et Juliette Darche, que j’ai rencontrées sur le tournage de 17 filles. Et aussi Lola Créton   qui est au conservatoire avec moi et Alice de Lencquesaing. J’adore les regarder donc je pense que j’aimerais les filmer. J’ai vu Au Galop, et Alice est la première actrice à avoir cassé mes idées préconçues sur le jeu, elle montre que jouer c’est aussi s’amuser dans une scène. Elle est très libre dans son jeu, c’est elle qui me l’a appris. Moi je n’arrive pas à être dans la spontanéité du personnage et au théâtre, j’intellectualise trop. Ce sont les personnages durs qui m’attirent, comme Bérénice de Racine, mais je me mets à travailler des personnages de Feydeau qui sont plus dans l’action. J’essaye de me rendre plus légère.

 Jeunesse, de Justine Malle (En salles le 3 juillet)

 

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